Le poète s'en va aux champs

 




                        Le poète s'en va aux champs

Le poète s'en va aux champs; il admire,

Il adore; il écoute en lui même une lyre;

Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,

Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,

Celles qui des paons même éclipseraient les queues,

Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,

Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,

De petits airs penchés ou de grands airs coquets,

Et familièrement, car cela sied aux belles:

"Tiens ! c'est notre amoureux qui passe !" disent-elles.

Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,

Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,

Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,

Les saules tous ridés, les chênes vénérables,

L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,

Comme les ulémas quand paraît muphti,

Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre

Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,

Contemplent de son front la sereine lueur,

Et murmurent tout bas : "C'est lui ! c'est le rêveur !"

                                (Victor Hugo)



Article ajouté le 2006-04-12 , consulté 280 fois

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